“Berthe is dead but it’s okay” de Sacha Trilles

L’affiche de Berthe is dead but it’s okay de Sacha Trilles, Manifeste, 2024.

Berthe is dead but it’s okay de Sacha Trilles

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Ça parle de quoi ? Berthe, atteinte de Parkinson, choisit de mourir. Sacha, son petit-fils, choisit de la filmer.

On trouve quoi dans ce film ? Du rouge sang et du rouge passion + une esthétique kitsch + une femme qui regarde la mort droit dans les yeux + une mamie sniper et un enfant qui pleure + l’euthanasie qui ne fait pas débat + la dignité d’une grand-mère.

Qu’est-ce que j’en pense ?

Berthe a 76 ans et elle est atteinte depuis 6 ans de la maladie de Parkinson. Dans son cas, la pathologie est incurable et dégénérative. Lorsqu’elle apprend ce diagnostic, elle fait appel à Exit, une association suisse pour le Droit de Mourir dans la Dignité. Son suicide assisté, qu’elle a décidé en toute autonomie, en toute conscience et en toute connaissance de cause, a lieu dans 2 mois. Son petit-fils, Sacha, décide de filmer sa grand-mère avant la mort qu’elle s’est choisie. Ce film c’est Berthe is dead but it’s okay, actuellement en accès libre sur france.tv. Moyen-métrage de 38 minutes, ce film est une petite pépite kitsch, camp, foutraque, tendre et cruelle, sanglante et pleine de vie, d’humour, d’amour, qui fait le portrait haut en couleurs (en rouge surtout) d’une grand-mère d’exception. Il aborde également et frontalement la question — si délicate en France — de l’euthanasie, sans jamais que cela fasse débat : Berthe a choisi de mourir, plutôt que d’être malade, c’est un fait, indiscutable, indiscuté, on ne décidera pas à sa place de comment elle doit terminer sa vie. L’euthanasie comme sujet et non comme controverse, incarné par une femme concernée directement, c’est tellement fort et tellement juste.

Le dialogue qui s’instaure entre Berthe et Sacha est lourd d’émotions contradictoires — la tristesse et la joie, la confiance et la peur, la certitude et le doute — et bien que personnel, il réussit à parler à tous·tes. Que ressentirais-je si un·e proche décidait d’avoir recours au suicide assisté ? Comment réagirais-je ? Et, en creux, se dessinent d’autres questionnements : que ressentirais-je si un·e proche décidait d’avoir recours au suicide assisté mais n’y avait, légalement, pas accès ? Comment réagirais-je à cette absence de solution proposée aux personnes malades, en fin de vie, proches de la mort ? La lutte pour le droit des personnes à mourir dans la dignité est une lutte nécessaire à mener dans la lutte, plus vaste, des droits humains — mon corps mes choix. Et la force de Berthe is dead but it’s okay (« Berthe est morte mais ça va ») est justement de ne jamais poser la question du bien et du mal, mais de toujours imposer ce choix comme le dernier de la longue liste de ceux faits par Berthe pendant sa vie qu’elle a décidé de vivre de manière exceptionnelle et surtout comme elle le veut, elle. Le film, qui a toujours l’air décalé voire à côté de la plaque par rapport à son sujet, tape toujours dans le mille : faire de la mort un choix libre et entier, faire de la vie une fête, faire de la famille des instants précieux d’amour et de tendresse. Depuis la sortie du film, Berthe est morte. Mais ça va.

Berthe Juillerat dans Berthe is dead but it’s okay de Sacha Trilles.


Comment voir ce film ? Gratuitement sur france.tv jusqu’au 15 mars 2026.


La fiche d’identité du film : Berthe is dead but it’s okay de Sacha Trilles, France & Suisse, 2024, 38 minutes.

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