“Little Bird” de Jennifer Podemski & Hannah Moscovitch

Little Bird de Jennifer Podemski & Hannah Moscovitch

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Ça parle de quoi ? Esther Rosenblum est une enfant adoptée. Issue d’une famille autochtone canadienne, elle va mener l’enquête et se battre pour retrouver sa famille biologique. 

On trouve quoi dans cette série ? Un récit sur la rafle des années 60 (« Sixties Scoop ») + le portrait d’une famille éclatée, victime d’une assimilation forcée et d’un génocide culturel + de belles images au service de grandes émotions + des violences physiques, psychologiques et sexuelles + un pan méconnu de l’histoire mis en lumière. 

Qu’est-ce que j’en pense ?

Dans les années 1960 (et même un peu avant et beaucoup après), au Canada (et un peu aux États-Unis), des enfants autochtones ont été systématiquement enlevé·es à leurs familles sans leur consentement et placé·es dans des familles non-autochtones, après être passé·es par des pensionnats administrés par diverses églises, qui visaient à l’assimilation forcée de ces enfants, en leur interdisant de pratiquer leur culture et leur langue et en les forçant à couper tout contact avec leurs familles d’origine. C’est ce qu’on appelle la rafle des années 60, ou Sixties Scoop en anglais. On estime à plus de 20 000 le nombre d’enfants arraché·es à leurs familles. Les survivant·es de ces enlèvements témoignent de violences physiques, mentales et sexuelles subies au sein des pensionnats dans lesquels iels étaient enfermé·es et les familles autochtones victimes de cette politique ont souffert — et souffrent toujours — profondément de ces arrachements. Encore aujourd’hui, les enfants autochtones sont surreprésenté·es dans le système de « protection de l’enfance » et les communautés des Premières Nations, métisses et inuites demandent reconnaissance et réparation au Canada.

C’est cette grande histoire, méconnue voire inconnue en France, que raconte la petite histoire d’Esther Rosenblum, héroïne de la mini-série canadienne Little Bird, écrite par Jennifer Podemski et Hannah Moscovitch et réalisée par Elle-Máijá Tailfeathers et Zoe Hopkins. Esther, jeune étudiante en droit élevée dans la culture juive par une mère adoptive aimante, va partir à la recherche de sa famille biologique, de ses parents, de ses frères et sœurs, famille à laquelle elle n’a aucun accès et dont elle ne connaît pas l’exacte composition car la « protection de l’enfance » refuse aux enfants adopté·es toute information concernant leurs familles d’origine. Un parcours semé d’embuches que celui d’Esther, qui, au fur et à mesure de son cheminement vers ses origines, se retrouvera elle-même. La série Little Bird, sortie en 2023 et en ce moment sur Arte, donne à voir ces parcours de vie fracassée, avec de belles images et un temps long qui laisse toute la place aux émotions et à l’intériorité des personnages. Produite avec des technicien·nes et acteur·ices d’ascendance autochtone et donc directement concerné·es, cette série nous donne à voir un pan de l’histoire jusqu’ici passé sous silence et fait le travail de l’œuvre artistique : nous apprendre et nous faire connaître, nous ouvrir à de nouveaux horizons et de nouveaux questionnements, nous émouvoir et nous révolter. 

Darla Contois et Lisa Edelstein dans Little Bird de Jennifer Podemski & Hannah Moscovitch


Comment voir cette série ? Gratuitement sur arte.tv jusqu’au 23 mars 2026.


La fiche d’identité de la série : Little Bird, une série réalisée par Elle-Máijá Tailfeathers & Zoe Hopkins et écrite par Jennifer Podemski & Hannah Moscovitch, 6 épisodes de 45 minutes, Canada, 2023.

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