“Les femmes aussi sont du voyage” de Lucie Azema
Les femmes aussi sont du voyage, l’émancipation par le départ, Lucie Azema, Flammarion, 2021.
Les femmes aussi sont du voyage de Lucie Azema
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Ça parle de quoi ? En deux chapitres enlevés (« Être libre de voyager » et « Être libre pour voyager »), Lucie Azema nous raconte la grande histoire des voyages et de la littérature de voyage à travers le prisme du genre : qui sont les femmes voyageuses, à quels obstacles sont-elles confrontées, de quoi les voyages les délivrent-ils, en quoi le voyage au féminin est-il unique ?
On trouve quoi dans ce livre ? Des exemples de femmes aventureuses et aventurières + une relecture féministe et anticoloniale de certains mythes fondateurs (coucou Ulysse et les « Grandes Découvertes ») + des noms de voyageuses qu’on a envie de suivre jusqu’au bout du monde telles Fatemeh Sayyah, Isabella Bird, Jessica Nabongo, Isabelle Massieu, Annemarie Schwarzenbach, Hermione de Saussure , Isabelle Eberhardt + une invitation au voyage.
Extraits choisis
« Décoloniser le voyage passe donc par le fait de décoloniser son imaginaire. Démêler le vrai du faux, le fantasme de la réalité : une besogne souterraine, une géographie de l’absence. (…) Voyager vers un lieu qu’on aime, c’est avant tout descendre en soi-même : une grotte intime dans laquelle on se raconte nos propres histoires de la réalité — histoire que l’on renégocie au fur et à mesure des rencontres, des expériences avec l’Autre. On rêve de lieux dont le nom, à peine formulé, ouvre la porte d’un rêve. Bangkok, Darjeeling, Ispahan, Samarcande, Nairobi, Istanbul : la langue caresse le palais, roule entre les dents et fait jaillir une vision. »
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« La liberté ne peut être que mouvement, elle nécessite un élan, des étapes, une visée, une impossibilité de la fin qui tous tendent vers une recherche d’illimité. (…) Tout se mue en une lente urgence, une dépossession qui nous révèle, un empressement à arpenter l’horizon qu’on fuit et rattrape à l’infini. »
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« La peur est le corollaire de la liberté ; elle est une compagne de route, une protectrice, en aucun cas une entrave au départ. Elle est le signe tangible de cette vie qui nous anime, une impulsion vers l’ailleurs, l’élément qui réconcilie nos désirs de progression et de préservation. »
Lucie Azema © Léon Prost
Qu’est-ce que j’en pense ?
À toutes celles qui ne sont jamais parties seules, à toutes celles qui n’ont jamais osé franchir une frontière — celle d’un pays ou celle du pas de la porte, à toutes celles qui se sentent grevées par le quotidien, à toutes celles appelées par l’ailleurs, à toutes celles qui attendent le bon moment, à toutes celles qui sont persuadées que le voyage ça n’est vraiment pas fait pour elles, à toutes celles qui ont peur, ce livre est pour vous : Lucie Azema, une voyageuse des temps modernes, vous dira comment, quand et surtout pourquoi partir, pourquoi partir vous est légitime et pourquoi il vous est nécessaire de partir. Ce livre est une invitation, une incitation à prendre vos cliques et vos claques, votre sac sur le dos et votre soif du monde en bandoulière, à se fondre dans les pas des voyageuses les plus connues comme Nelly Bly, Karen Blixen, Ella Maillart, ou encore Alexandra David-Néel mais également dans ceux d’aventurières moins célèbres et tout aussi admirables telles Ada Blackjack, Odette du Puigaudeau, Marga d’Andurain, Lady Brassey, Marine Barnérias et j’en passe (je vous enjoins à faire une recherche sur chacune des ces femmes, vous serez époustouflé·es par leur destin). Les femmes aussi sont du voyage, dont le sous-titre est L’Émancipation par le départ, est un essai qui se lit comme un poème, un manifeste, un tract politique : c’est facile, clair et concis et surtout ça donne envie, envie de voyager, de partir en documentant son périple ou bien sans laisser de traces, de partir tout en douceur ou bien en claquant la porte. C’est un livre pour toutes les voyageuses, de celles qui osent tout aux plus timorées, de celles qui n’ont besoin de personne à celles qui attendent qu’on leur dise : « c’est bon tu peux y aller. » Lucie Azema, accompagnée par toutes les voyageuses, aventurières, pirates et exploratrices qui ont réussi à nous transmettre leur histoire, le disent en choeur : « c’est bon tu peux y aller, tu peux te lancer dans ta quête du monde et de toi-même, dans ce voyage féminin, et par là féministe, qui rompt les frontières, et va à l’encontre des logiques marchandes, capitalistes, patriarcales. Pars, il est temps. » Et de conclure : « La liberté ne se demande pas poliment, elle se prend. »
Où se procurer ce livre ? Gratuitement en bibliothèque municipale (catalogue des bibliothèques municipales de Paris, liste des bibliothèques de France) et ici pour la lecture des 30 premières pages + neuf en librairie pour 20 € (liste non exhaustive des libraires en France) ou 9€30 en poche (liste non exhaustive des libraires en France) + d’occasion en librairie de seconde main (type Gibert, Boulinier…) + d’occasion sur des sites de seconde main (type Momox…). N’oublions pas qu’en France, le prix du livre neuf est unique, c’est-à-dire qu’un livre neuf a le même prix partout, peu importe où on l’achète : alors, si on le peut, privilégions les librairies indépendantes et proches de chez nous !
La fiche d’identité du livre : Les femmes aussi sont du voyage, l’émancipation par le départ de Lucie Azema, Flammarion, 2021, 325 pages (256 pages en format poche).