“La loi contre elle” de Khaled & Sherin Diab

La loi contre elle de Khaled & Sherin Diab

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Ça parle de quoi ? À la mort de son mari, Hanane se voit retirer la tutelle de ses enfants. Elle fera tout pour regagner ce droit. 

On trouve quoi dans cette série ? Une tentative de viol + l’usage de drogues + des scènes d’humiliations + un combat pour la justice + la figure d’une femme héroïque qui souhaite simplement vivre sa vie + des portraits d’enfants qui touchent au cœur + une image superbe + la foi en la puissance de dieu et de la famille choisie.

Qu’est-ce que j’en pense ?

En Égypte, la loi dit qu’une femme veuve n’a plus la tutelle de ses enfants : celle-ci est, à la mort de l’époux et père, transférée au grand-père paternel des enfants puis, à la mort de celui-ci, à quiconque la demande. La série La loi contre elle raconte cette histoire : « la loi », c’est celle que je viens de vous expliquer (le titre originale de la série, « taht el wesaya », veut dire « sous tutelle »), et « elle », c’est Hanane, une jeune veuve, mère de deux enfants en bas âge. Après avoir fait mauvaise fortune bon cœur, accepté la sentence et s’être soumise à l’autorité tendre et maladroite de son beau-père, et celle, plus retorse et brutale, de son beau-frère, elle décide de partir : en effet, en butte avec sa belle-famille qui impose aux enfants une éducation qui ne convient ni à la mère ni aux enfants, elle sait que pour assurer le bien-être et le bonheur de Yacine et Farrah (ses enfants donc) elle doit quitter le domicile familial, et peu importe si cela la mène sur la voie de l’illégalité car Hanane est prête à tout pour ses enfants et ne recule devant rien pour les protéger. Sans peur et sans reproche, dans un pays où la ville et la nuit sont des espaces et des temps entièrement dédiés aux hommes, où la loi même ne la reconnaît pas, ni en tant que mère ni en tant que femme, Hanane quitte sa ville (Alexandrie), ses proches (sa sœur, son beau-frère et la famille de feu son mari), sa réputation (de mère, de veuve) et part pour Damiette en espérant pouvoir élever ses enfants comme elle l’entend, avec leur argent et un modèle d’éducation qui leur ressemble et leur correspond.

Hanane est une pirate des temps modernes : pour recouvrer ses droits et défendre ses enfants, elle prendra la mer, se fera faire de faux-papiers, vivra dans la clandestinité, cachée mais fière, elle deviendra sa propre patronne mais aussi celle de plusieurs hommes qui travailleront pour elle, elle éduquera son fils comme « un homme » mais un homme qui prend soin de sa petite sœur, écoute ses émotions et est capable d’en parler avec ses proches, imposera à ses enfants une instruction scolaire en même temps que des temps de loisir qui leur font plaisir. Une mère à l’écoute de ses enfants et de son cœur, une femme qui n’a pas froid aux yeux, une héroïne, enfin, racontée par cette série qui érige Hanane en une figure courageuse et digne, qui ne s’excuse de rien, ni de ses désirs, ni de sa liberté, et fera usage de sa force de corps et d’âme pour vivre sa vie comme elle l’entend.

En ce moment en accès libre et gratuit sur Arte, La loi contre elle vaut plus que le détour : en plus de raconter l’histoire de cette femme qui porte en elle la révolution du genre, la série est très bien écrite, avec un suspens fou et une très belle image — je ne me suis jamais autant passionnée pour les scènes de pêche à la crevette. J’ai ri et pleuré, j’ai été émue, j’ai été mélancolique à la fin du dernier épisode mais me suis aussi sentie plus forte : la série a eu un retentissement tel dans son pays d’origine, qu’elle a ouvert la discussion autour de cette loi. Merci à Hanane et à ses créateur·ices, et courage à toutes les Hananes de la vraie vie qui se battent chaque jour pour faire valoir leur droit d’être mères, épouses, femmes.

Mona Zaki interprète Hanane.


Comment voir cette série ? Gratuitement sur arte.tv jusqu’au 1er mai 2026.

La fiche d’identité de la série : Taht El Wesaya, La loi contre elle de Khaled & Sherin Diab, Égypte, 2023, 15 épisodes de 30 minutes environ.

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