“Harka” de Lotfy Nathan
L’affiche de Harka de Lotfy Nathan, Dulac Distribution, 2022.
Harka de Lotfy Nathan
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Ça parle de quoi ? Un jeune tunisien sans le sou doit s’occuper de ses sœurs. Vivant dans la misère la plus totale, il sera prêt à tout pour que lui et sa famille puissent survivre dans la dignité.
On trouve quoi dans ce film ? De l’arabe tunisien + des plans de paysages à couper le souffle + une course contre-la-montre avant l’état de pauvreté qui tue + une proposition de portrait du « Printemps Arabe » + un hommage aux figures sacrifiées des révolutions + Adam Bessa, incandescent et magnétique.
Qu’est-ce que j’en pense ?
Le 17 décembre 2011 Mohamed Bouazizi s’immole par le feu devant la maison du gouverneur de Sidi Bouzid, en Tunisie. Il meurt de ses blessures deux semaines plus tard, le 4 janvier 2011. Son suicide par les flammes, survenu après des années de galère financière, d’humiliations par les pouvoirs publics corrompus et de mal-être lié à une grande pauvreté, marque une bascule dans le pays et est depuis considéré comme l’événement déclencheur de la Révolution tunisienne et plus largement des « Printemps arabes » : en Tunisie, en Algérie, en Jordanie, en Egypte, au Yémen, au Bahreïn, en Lybie, au Maroc et en Syrie les citoyen·nes exigent le départ des dictateurs, l’instauration de la démocratie et le partage des richesses. Harka, du réalisateur tunisien Lotfy Nathan, rend hommage à Mohamed Bouazizi. Adaptation et réécriture libre de la vie de cet homme, le film met en scène un jeune homme ressemblant trait pour trait à Bouazizi : Ali, orphelin de père, cumule les petits boulots ultra-précaires, a une famille à charge et est victime quotidiennement du mépris voire de la corruption des pouvoirs publics. Dans le rôle de ce anti-héros, enragé et épuisé, Adam Bessa, superbe de colère tout à la fois contenue et hurlée, a reçu le Prix d’Interprétation masculine au Festival de Cannes 2022, dans la section Un Certain Regard. Son interprétation est fascinante et hypnotique, on ne peut s’empêcher d’être ensorcelé par sa présence à l’écran. Servie par une mise en scène superbe, maîtrisée, intime en même temps que spectaculaire, l’écriture de Lotfy Nathan, qui signe aussi le scénario, est efficace, intransigeante, et se déroule implacablement vers un dénouement inéluctable. Harka, le mot, veut dire « brûler » en tunisien. Harka, le film, existe pour que l’on n’oublie pas les grand·es brûlé·es qui ont permis de mettre le feu aux poudres, et la naissance des révolutions.
Ali (Adam Bessa) dans Harka de Lotfy Nathan.
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La fiche d’identité du film : Harka de Lotfy Nathan, Tunisie / France / Belgique / Allemagne / Luxembourg / États-Unis, 1h22.