“Un podcast à soi” de Charlotte Bienaimé
Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé, illustration © Anna Wanda Gogusey.
Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé
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Ça parle de quoi ? Un podcast à soi est un podcast sérieux et documenté, mêlant témoignages, analyses scientifiques, chansons et poèmes. Cette émission donne la parole à des femmes et des personnes non-binaires à propos de sujets de société traversés par le féminisme : l’inceste, la justice, la violence, le racisme, la parentalité, la vieillesse…
On trouve quoi dans ce podcast ? Des récits crus de viols et de violences + des paroles éclairées et éclairantes d’expert·es, de victimes et de militant·es + un goût prononcé pour les marges + un discours révolutionnaire, antifasciste, antiraciste, décolonial et féministe + une vision du monde plus juste, plus équitable et plus vivable + une recherche au long cours + des textes tout à la fois précis et nuancés.
Un podcast à soi, “Le gras est politique”, épisode 3, illustration © Anna Wanda Gogusey.
Qu’est-ce que j’en pense ?
Charlotte Bienaimé est une des papesses du podcast en France, et Un podcast à soi un de ses temples — « papesse » et « temple » ne sont pas véritablement des termes équivalents mais vous avez compris l’idée. Depuis 2017, la journaliste fait sien et radiophonique le vœu de Virginia Woolf (avoir « une pièce à soi ») en proposant des épisodes de podcast qui soient un espace et un temps exclusivement dédiés à la parole des femmes. Elle y scrute le monde avec son regard aiguisé et son micro vagabond. Elle va aux quatre coins de la France, des personnes et des genres pour faire son travail, c’est-à-dire poser des questions : la justice peut-elle être injuste ? Que faire de nos désirs de violence ? Une sexualité égalitaire est-elle possible ? Comment élever les garçons ? À quoi rêvent les paysannes ?… Le tout passé à la moulinette du féminisme et c’est détonant : depuis 7 ans, Charlotte Bienaimé a réalisé pas moins de 63 épisodes (à l’heure où nous écrivons cet article, mais le podcast n’est pas terminé, to be continued) d’environ une heure chacun, donc préparez-vous à plusieurs dizaines d’heures de mises aux points, d’apprentissages difficiles, d’invitations à la révolte et même à la révolution. Ce long compagnon de route qu’est devenu pour moi Un podcast à soi depuis que je l’ai découvert lors du premier confinement en 2020 est rapidement devenu un compagnon de vie : ma vision du monde a changé, s’est affiné et enrichi, a gagné en clarté et en colère et en joie. Les sujets sont fouillés, mais compréhensibles ; les questions sont simples, mais nécessaires ; les témoignages sont durs, mais audibles ; les épisodes sont denses, mais digestes. L’hybridité des formats des épisodes — témoignages, analyses scientifiques, musiques, poèmes — est, je crois, la grande force de ce podcast : les prises de paroles sont plurielles, on s’en sent donc plus proches, qu’on soit plus sensible aux discours directs, au langage scientifique ou encore à l’expression artistique, la pluralité des paroles touche toujours juste.
Soyez prêt·es à être troublé·es, décontenancé·es, en colère. Soyez prêt·es au choc que pourront vous faire certains témoignages, à leur dureté, soyez prêt·es à ne pas comprendre. Dans tous les cas, vous serez bouleversé·es : on ne sort pas indemne de l’écoute d’Un podcast à soi. Regarder le monde à travers le prisme qu’il propose c’est se rendre compte du sexisme et de la misogynie, du colonialisme et du racisme, de la LGBTQUIA+phobie et du validisme (entre autres) qui nous entourent. Du fascisme de manière générale, de la violence. Un podcast à soi nous permet cette prise de conscience de manière claire et argumentée, simple et profonde, ce podcast nous éduque, sans jamais s’imposer comme un maître à penser, au contraire il propose des ouvertures pour penser plus large, plus grand, et aussi plus juste. Il y a des réalités décrites dans certains épisodes qui nous sont d’habitude lointaines et qui, là, nous sont rendues proches ; d’autres que l’on connaît très bien et c’est un indescriptible soulagement que d’entendre d’autres voix les raconter, les prendre en charge, les décortiquer. Un podcast à soi nous fait sentir moins seul·es et moins démuni·es. Son écoute nous rend plus puissant·es, car plus intelligent·es et plus ouvert·es : c’est un chef-d’œuvre de podcast. Alors, avec Charlotte Bienaimé, qui termine chaque épisode par cet appel joyeux, concluons notre article de même : « Vive la radio, et vive la révolution féministe ! »
Un podcast à soi, “Prendre soin - penser en féministes le monde d’après”, épisode 26, illustration © Anna Wanda Gogusey.
Comment écouter ce podcast ? Sur le site d’Arte Radio, sur YouTube, et sur toutes les plateformes de podcasts comme Apple Podcast, Spotify, Deezer…
La fiche d’identité du podcast : Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé, produit par Arte Radio, 63 épisodes d’une durée de 25 minutes à 1h19, depuis 2017.