“Autrices, ces grandes effacées qui ont fait la littérature” par Daphné Ticrizenis
Autrices, ces grandes effacées qui ont fait la littérature par Daphné Ticrizenis
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Ça parle de quoi ? Autrices, ces grandes effacées qui ont fait la littérature est une anthologie en deux tomes regroupant des femmes écrivaines qui ont fait la littérature de langue française du Moyen-âge au XIXe siècle.
On trouve qui dans ce livre ? Na Castelosa + la Comtesse de Die + Marie de France + Marie de Clèves + Jeanne Filleul + Christine de Pizan + Marguerite de Navarre + Pernette de Guillet + Louise Labé + Madeleine Neveu + Catherine Fradonnet + Anne de France + Anne de Graville + Nicole Estienne + Jacqueline de Miremont + Charlotte de Brachart + Marie Dentière + Jeanne de Jussie + Anne d’Este + Catherine de Parthenay + Marguerite de Valois + Marie de Gournay + Catherine Meurdrac de la Guette + Anne Marie Louise d’Orléans + Marie Catherine Desjardins + Madame de la Fayette + Anne Marguerite Petit du Noyer + Madame de Sévigné + Marie-Catherine Le Jumel Barneville + Marie-Jeanne L’Héritier de Villandon + Henriette Julie de Castelnau + Catherine Durand + Louise de Bossigny + Louise-Geneviève de Saintonge + Catherine Bernard + Madame Ulrich + Marie-Anne Barbier + Louise d’Épinay + Françoise-Albine Benoist + Jeanne-Marie Leprince de Beaumont + Anne-Marie du Bocage + Louise Dupin + Constance Pipelet + Fanny Raoul + Olympe de Gouges + Manon Roland + Claudine de Tencin + Françoise de Graffigny + Marie-Jeanne Riccoboni + Isabelle de Charrière + Adelaïde de Souza + Sophie Cottin + Félicité de Genlis + Claire de Duras + George Sand + Marie d’Agoult + Marie-Louise Gagneur + Clémence Robert + Judith Gauthier + Georges de Peyrebrune + Rachilde + Virginie Ancelot + Suzanne Voilquin + Séverine + Marguerite Durand + Marceline Desbordes-Valmore + Élisa Mercœur + Louise Colet + Virginie Sampeur + Louise Ackermann + Marie Krysinska + Gérard d’Houville + Renée Vivien…
Qu’est-ce que j’en pense ?
Je suis véritablement entrée en féminisme en 2012, lors d’un cours de classe préparatoire aux grandes écoles en spécialité lettres modernes dont le thème était « L’écriture au féminin ». Je passerai sur l’absurdité et la misogynie de cet intitulé révélateur de la sexiste désuétude du Ministère de l’Enseignement supérieur dont émanait le sujet, car ça serait trop long et qu’en réalité la bascule exacte s’est opérée au moment où mon professeur a prononcé cette phrase, la face contrite, le sourire crispé, en réponse à mon étonnement de ne trouver aucune œuvre dramatique au programme : « Les femmes n’écrivent pas de théâtre. » Combien j’aurais aimé avoir sous la main la double anthologie rassemblée par Daphné Ticrizenis pour rabattre son caquet ! Malheureusement, c’était 10 ans trop tôt et je n’avais pas les arguments pour battre en brèche ce mensonge éhonté. Car, non seulement les femmes ont écrit du théâtre, mais elles ont écrit de tous les autres genres littéraires : la poésie, le roman, les mémoires, la philosophie, le conte, les lettres, la nouvelle, l’essai, le discours, la presse, le récit de voyage… Preuve en est ces deux volumes regroupant des autrices de langue française du Moyen-âge au XIXe siècle (un troisième volume est à paraître qui couvrira la période du XXe siècle à nos jours) rédigés par Daphné Ticrizenis et dont le premier est préfacé par Titiou Lecoq.
Deux livres à avoir impérativement dans sa bibliothèque ! Déjà, ce sont deux très beaux objets illustrés avec talent par la dessinatrice Marie Fré Dhal. Ensuite, tout en eux fait écho et attire. Notamment des noms, pour certains célèbres, mais pour la plupart inconnus : Azalaïs de Porcairagues, Charlotte-Rose de Caumont de La Force, Théroigne de Méricourt, Marie-Thérèse Lucidor Corbin, André Léo, Céleste Mogador, Hélisenne de Crenne, Alberte-Barbe d’Ernécourt, Sœur de La Chapelle… Et aussi des titres qui ouvrent les imaginaires : Le Miroir des âmes simples et anéanties (de Marguerite Porete), Le bref discours que l’excellence de la femme surpasse celle de l’homme non moins récréatif que plein de beaux exemples (de Marie de Romieu), Petit traité de la faiblesse, de la légèreté et de l’inconstance qu’on attribue aux femmes mal à propos (de Gabrielle Suchon), Rare-en-tout (d’Anne de La Roche-Guilhen), La Tyrannie des fées détruite (de Louise d’Auneuil), Agathonphile martyr (de Françoise Pascal), Le Voleur ou Titapapouf (de Charlotte de Longchamp), La Mort de cochon (d’Antoinette-Thérèse Deshoulières), Entretien nocturne de Mercure et de la Renommée (de Madeleine-Angélique de Gomez), Mémoire sur la nature du feu (d’Émilie du Châtelet), Volsidor et Zulménie, conte pour rire ; moral, si l’on veut, et philosophique en cas de besoin (de Fanny de Beauharnais), Pensées errantes (d’Henriette de Marans), La joie fait peur (de Delphine de Girardin), Pérégrinations d’une paria (de Flora Tristan), Guerre aux hommes (d’Olympe Audouard), Les Microbes humains (de Louise Michel), Les Éblouissements (d’Anna de Noailles)…
Autrices, ces grandes effacées qui ont fait la littérature est une anthologie littéraire qui participe de la grande geste féministe de remettre à l’honneur des artistes femmes invisibilisées, en imposant une non-mixité choisie et assumée, en dressant une liste impressionnante (en quantité et en qualité) (vive les listes !) d’écrivaines à découvrir et à lire, en détaillant leur pratique artistique, en mettant en avant leurs écrits (avec de nombreux extraits), et tout simplement en écrivant noir sur blanc, leurs noms, en les gravant dans le marbre d’un livre, et notamment (et ça peut paraître anodin mais en fait c’est important) en préférant appeler les autrices par leurs prénoms plutôt que par leur statut marital ou social (exemples : Mademoiselle de, Madame de, Comtesse de…). Ainsi Émilie du Châtelet, Germaine de Staël, Sophie de Ségur, Madeleine de Scudéry… récupèrent une identité littéraire complète. Et toutes les autres renaissent de longues années (voire de longs siècles !) d’effacement et même de dénigrement de la part de leurs contemporains et des historiens de la littérature. Merci à Daphné Ticrizenis d’exhumer leur mémoire et leurs œuvres et merci à elles d’avoir persévéré dans leur art ! Il est plus que temps de célébrer ces autrices qui ont fait la littérature, pour toustes celleux incapables de citer plus de trois femmes autrices, pour toutes les institutions poussiéreuses persuadées que seuls les hommes ont écrit, pour tous les profs à la street mais aussi toustes celleux qui aimeraient faire mieux, et pour l’intégralité de la société qui pense que « génie » ne se genre qu’au masculin.
© Marie Fré Dahl.
Où se procurer ce livre ? Gratuitement en bibliothèque municipale (le tome 1 et le tome 2 dans le catalogue des bibliothèques municipales de Paris, liste des bibliothèques de France) et les 20 premières pages sur le site de la maison d’édition (le tome 1 et le tome 2) + neuf en librairie pour 26 € (le tome 1 et le tome 2 sur la liste non exhaustive des libraires en France) + d’occasion en librairie de seconde main (type Gibert, Boulinier…) + d’occasion sur des sites de seconde main (type Momox…). N’oublions pas qu’en France, le prix du livre neuf est unique, c’est-à-dire qu’un livre neuf a le même prix partout, peu importe où on l’achète : alors, si on le peut, privilégions les librairies indépendantes et proches de chez nous !
La fiche d’identité du livre : Autrices, ces grandes effacées qui ont fait la littérature, Tome 1 - Du Moyen Âge au XVIIème siècle (2022) & Tome 2 - XVIIIe-XIXe siècles (2023), textes choisis et présentés par Daphné Ticrizenis, préface de Titiou Lecoq, éditions Hors d’atteinte, environ 330 pages chacun.