“Le Mystérieux Regard du flamant rose” de Diego Céspedes
Affiche du Mystérieux Regard du flamant rose de Diego Céspedes, Quijote Films, Les Valseurs, Weydemann Bros Films, Irusoin, Wrong Men & Arte France Cinéma, France, Allemagne, Espagne, Chili & Belgique, 2025.
Le Mystérieux Regard du flamant rose de Diego Céspedes
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Ça parle de quoi ? En 1982, dans le Nord du Chili, Lidia est élevée par sa mère Flamant Rose et toute une communauté de femmes travesties touchées par une mystérieuse maladie.
On trouve quoi dans ce film ? Un meurtre + des corps malades + du chilien + beaucoup de couleurs + des paillettes sur les robes et sur les paupières + une éducation sentimentale et un apprentissage de la vie + des images à couper le souffle + une famille choisie + la preuve que les personnes queer savent, elles aussi et entre autre mille choses, se bagarrer (alors préparez-vous pour la bagarre).
Qu’est-ce que j’en pense ?
Pedro Almodovar qui rencontre Federico Fellini qui rencontre Sergio Leone : ça donne Le Mystérieux Regard du flamant rose de Diego Céspedes, c’est détonant, rare et précieux. Dans une cité minière du Nord du Chili au début des années 80, au beau milieu du désert, les hommes sont ravagés par une maladie mystérieuse qu’ils appellent « la Peste » — jamais on ne prononcera le mot de sida, il est trop tôt. Le virus serait propagé entre hommes par des échanges de regard amoureux. Le jour, les mineurs, les vieux, les éclopés tentent de se dérober au regard des créatures qui habitent la Maison, au centre de la vallée. Mais la nuit, attirés par les corps, l’alcool et les concours de Miss qui y sont organisés, ils se retrouvent tous dans cette baraque communautaire où vivent Lionne, Aigle, Papillon, Étoile, Flamant Rose, leur Maman Boa, autant d’êtres qui se définissent comme « travestis », et leur fille adoptive Lidia. Ces « pédés » et « fiers de l’être » dansent, chantent, font la cuisine, élèvent une enfant, se prostituent, font tomber les hommes, se bagarrent, comptent leurs morts, n’ont peur de rien. Le film est déroutant, punk, chaotique, réjouissant. Les gens se meurent et sont assassinés, c’est hyper brut et hyper cru, il y a les adultes et les enfants, il y a la violence du monde et l’amour, il y a surtout la famille qu’on se choisit, la maison qu’on se construit, le foyer qu’on alimente de ses rêves et de ses espoirs, la terre qu’on décide d’habiter à notre image : flamboyante, lumineuse, joyeuse, inclusive, fière.
Diego Céspedes met en scène une œuvre d’une beauté renversante, aux images aussi quotidiennes que marquantes : un mariage à dos de mule, une pédicure avec des cigarettes entre les orteils, un jardin luxuriant dans une zone désertique, des petits biscuits en forme de cœur, la diarrhée des personnes infectées, une danse sans musique, des ciseaux de couture pour tuer, une toilette mortuaire pour pardonner. Le Mystérieux Regard du flamant rose raconte un monde tout à la fois merveilleux et cruel, dont les personnages, tous plus attachants les uns que les autres, donnent envie de faire des câlins « longs et doux ». Un nouveau film à mettre au panthéon des œuvres révolutionnaires LGBTQUIA+ qui luttent pour un monde plus juste et plus apaisé, plus radieux et plus festif. Un monde libre, égalitaire et solidaire, en somme.
Paula Dinamarca & Luis Dubó dans Le Mystérieux Regard du flamant rose de Diego Céspedes
Comment voir ce film ? En salles depuis le 18 février 2026.
La fiche d’identité du film : Le Mystérieux Regard du flamant rose de Diego Céspedes, France, Allemagne, Espagne, Chili & Belgique, 2025, 1h44.