“Éropolitique” de Myriam Bahaffou
Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution de Myriam Bahaffou, le passager clandestin, 2025.
Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution de Myriam Bahaffou
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Ça parle de quoi ? Myriam Bahaffou propose de repenser et de réinventer notre rapport au monde : elle appelle de ses vœux un rapport désirant, érotique, fluide, mouvant, une relation aux autres et à la terre ouverte, risquée, déviante, vivante.
On trouve quoi dans ce livre ? Une langue dense et danse + un éloge du BDSM, des psychédéliques, du jeûne et de la danse + une playlist pour twerker et faire la révolution + des références à une myriades de philosophes méconnu·es + une pensée écologique, féministe, antispéciste, décoloniale et queer.
Extraits choisis
« Danser c’est perméabiliser son corps, le faire entrer en relation, faire commerce avec autrui. En ce sens, toute révolution est une danse, c’est-à-dire une agitation, une gesticulation, une multiplicité de mouvements qui remuent le monde. Danser, depuis nos histoires où nos corps ne nous appartiennent jamais complètement, c’est remercie le monde de nous animer, c’est-à-dire de nous mouvoir, de l’intérieur et de l’extérieur (mais cette frontière est de toute façon illusoire). Partager de la danse avec quelqu’un·e, humain·e ou non, c’est partager un moment éropolitique puissant d’intimité. »
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« Nous sommes celleux qui portent un réel message pro-vie, au sens du chérissement de sa puissance et ses devenirs, ses déviances et ses monstruosités. »
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« L’écologie vient du grec oikos, qui signifie la maison, le foyer. Faire de l’écologie, c’est donc d’emblée une histoire de foyer, de nid, une histoire de travail domestique et d’habilité (en gros, une histoire féministe, comme l’ont bien montré les écoféministes de la subsistance). Pour construire une maison, nous avons besoin de ressentir de l’excitation à l’idée de ce à quoi elle va ressembler, des outils que nous allons utiliser et des formes que nous allons créer ; savoir que nous avons besoin d’une maison n’est pas suffisant, il faut sentir, se projeter et prendre du plaisir à la faire. Alors, l’écosexualité, c’est finalement ressentir du désir pour cette vaste maison, aux multiples habitant·es et dépendances, aux devenirs qui la traversent. Pour cela, il faut laisser au désir beaucoup de liberté, et faire preuve d’une grande humilité ; la maison peut être différente de ce que nous avions imaginé, puisque nous devons composer avec toustes ces autres. Mais nous chérissons ce projet collectif, nous y voyons là l’expression d’une vie débordante. »
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« Ce que j’appelle ‘‘moi’’ n’est qu’une histoire de prolifération, de fermentation, de mutations, de trous et d’ouvertures. »
Myriam Bahaffou © Élodie Daguin.
Qu’est-ce que j’en pense ?
Attention, livre ardu. Myriam Bahaffou est philosophe, et son essai est dense, rigoureux, référencé, il créé des concepts (« éropolitique », « désir-conquête »…), propose des définitions, et même s’il est réjouissant et jamais ennuyeux, il n’en reste pas moins un texte savant parfois difficile. Mais ne nous affolons pas, Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution est, si on y met un tant soit peu du sien, abordable, et au bout du compte vous vous rendrez compte que ça aura valu la peine de s’accrocher. Avant toute chose, et notamment de vous lancer dans cette lecture, je vous propose d’écouter — comme je l’ai fait moi-même — deux podcasts dans lesquels Myriam Bahaffou s’exprime et qui permettent d’avoir un accès direct et oral à sa pensée hors du commun : en compagnie de Victoire Tuaillon ici (en trois épisodes) et de Lauren Bastide là. Ça déblaie déjà pas mal de choses, vous ne serez pas complètement perdu·es en vous plongeant dans Éropolitique. Ensuite, laissez-vous porter : si des idées vous semblent peu claires, si des argumentaires vous résistent, ça n’est pas grave, continuez d’avancer. Le texte de Bahaffou se parcourt comme on cheminerait dans une forêt : on part confiant·e, et puis arrivé·e à un carrefour on ne sait plus très bien quelle direction prendre, on ne reconnaît plus le chemin qu’on pensait connaître par cœur, et puis tout s’illumine, on arrive dans une clairière, qu’on n’avait jamais vue avant, mais qui nous semble familière, on fait une petite pause pour reprendre des forces, et on repart de plus belle, il y a des animaux qui crient au loin, c’est rassurant en même temps qu’inquiétant, mais la forêt est grande encore, il reste tant de choses à découvrir, à explorer, à expérimenter, on n’a plus le temps de se laisser manger par la peur.
Mais de quoi s’agit-il ? Il est difficile de résumer la pensée de Myriam Bahaffou tant la philosophe déborde d’idées, de mots, d’expériences. Dans son livre, elle nous invite à repenser notre rapport à soi, aux autres, au monde, à la terre. À nous reconsidérer, non pas comme des êtres séparés, mais comme un amas de fluides, d’interactions, de transformations avec les êtres, les sujets, les objets, les éléments qui ne nous entourent pas mais nous traversent. Pour lutter contre le fascisme, la guerre, le viol, la peur, la haine, elle appelle le désir, la danse, le groupe, le risque, la jouissance. Elle n’a pas peur de remettre en questions certaines pensées qui ont cours dans les milieux féministes (préparez-vous à être bousculé·es) arguant qu’il faut « toujours être problématique ». Elle n’a pas peur non plus de se mouiller (au sens figuré mais aussi littéral du terme) puisque la troisième et dernière partie de son livre s’appuie sur des expériences qu’elle vit elle-même au quotidien : les pratiques BDSM, l’usage de psychédéliques, le jeûne, la danse. Si vous voulez regarder le monde, et le vivre, d’une manière nouvelle, jouissive, risquée, vivante, si vous aimez voir vos convictions être chahutées, si vous avez l’intime conviction que l’être-au-monde c’est avant tout un désir, un désir comme expérience traversante, renversante, un désir comme acte politique : ce livre est pour vous. N’oublions pas que le sous-titre nous annonçait tout de suite la couleur en articulant ces deux termes aussi frondeurs que réjouissants : « désirs et révolution ».
Où se procurer ce livre ? Gratuitement en bibliothèque municipale (catalogue des bibliothèques municipales de Paris, liste des bibliothèques de France) + neuf en librairie pour 22 € (liste non exhaustive des libraires en France) + d’occasion en librairie de seconde main (type Gibert, Boulinier…) + d’occasion sur des sites de seconde main (type Momox…). N’oublions pas qu’en France, le prix du livre neuf est unique, c’est-à-dire qu’un livre neuf a le même prix partout, peu importe où on l’achète : alors, si on le peut, privilégions les librairies indépendantes et proches de chez nous !
La fiche d’identité du livre : Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution de Myriam Bahaffou, le passager clandestin, 2025, 285 pages.