“De la terreur, mes sœurs !” d’Alexis Langlois
De la terreur, mes sœurs ! d’Alexis Langlois, Les Films du Bélier, France, 2019.
De la terreur, mes sœurs ! d’Alexis Langlois
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Ça parle de quoi ? Quatre amies se retrouvent pour boire un verre. Elles décident de se venger de la transphobie dont elles sont victimes au quotidien en retournant la violence contre leurs agresseurs.
On trouve quoi dans ce film ? Des femmes trans + des hommes trans + des personnes non-binaires + des scènes de sexe queer simulé + une émasculation à coup de dents + de la violence ordinaire + de la violence extraordinaire + Maïté + Sylvia Rivera + une furieuse envie d’un monde nouveau.
Qu’est-ce que j’en pense ?
Avant Les Reines du drame, sorti en 2024 et déjà un classique queer, Alexis Langlois a réalisé sept courts-métrages et presque autant de clips musicaux. En ce moment sur Arte, De la terreur, mes sœurs ! sa sixième réalisation programmatique est un bonbon kitsch, acidulé et énervé dans la veine d’un Yann Gonzalez qui aurait beaucoup joué aux jeux-vidéos, avalé beaucoup de substances illicites et Mario Bava. Quatre copines, quatre femmes trans — interprétées par des femmes trans (et par tout un tas d’autres acteur·ices trans et non-binaires, ça paraît anodin, mais en réalité c’est très important, et assez rare pour être souligné) — se donnent rendez-vous autour de cocktails, d’une planche de charcuterie et l’envie d’en découdre : elles ne laisseront plus rien passer, ni les insultes, ni les injures, ni les coups, ni la fétichisation, ni même les « oh pardon j’ai pas fait exprès mais c’est tellement bien fait. »
Un film clairement fait avec 3 euros 50, les moyens du bord et les copaines mais aussi et surtout la rage de tout casser sur son passage. Tout le monde en prend pour son grade, les mecs et les meufs cis (si vous ne connaissez pas ce terme, ne vous inquiétez pas, les filles vous l’expliqueront, le film est pédagogique), la grande famille du cinéma français et ses vœux pieux queerfriendly (si vous ne voyez pas de quoi je parle, ne vous inquiétez pas, Langlois met très bien ça en scène, le film est explicatif), l’érotisation de la violence et la fétichisation des personnes trans (si vous ne comprenez pas à quoi je fais référence, ne vous inquiétez pas, les quatre sœurs vous montreront tout ça, le film est explicite). C’est chaotique, pop, trash, parfois maladroit et un peu crispant, mais toujours rageur, enragé, enrageant : De la terreur, mes sœurs ! donne envie de tout casser. Et c’est étrangement rafraîchissant.
Félix Maritaud et Justine Langlois dans De la terreur, mes sœurs ! d’Alexis Langlois.
La fiche d’identité du film : De la terreur, mes sœurs ! d’Alexis Langlois, France, 2019, 27 minutes.