“Demain, on déménage” de Chantal Akerman
Demain, on déménage de Chantal Akerman, Gemini Films, France & Belgique, 2004.
Demain, on déménage de Chantal Akerman
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Ça parle de quoi ? La cohabitation entre Charlotte, autrice de romans érotiques, et Catherine, sa mère qui vit dans le souvenir du père décédé, n’est plus possible : elles décident de vendre leur duplex pour s’autoriser à vivre une nouvelle vie.
On trouve quoi dans ce film ? Jean-Pierre Marielle en agent immobilier + Aurore Clément déblatérer sur la cuisson du poulet + Sylvie Testud en panne d’inspiration érotique + des images du plaisir féminin + toute une ribambelle de personnages plus farfelus les uns que les autres + l’image d’une vie rêvée, un rêve de vie à son image.
Qu’est-ce que j’en pense ?
Chantal Akerman est une artiste belge que sa pratique artistique plurielle (films de fiction et films documentaires pour la télévision et le cinéma, mais aussi littérature et installations d’art contemporain) et son regard singulier ont érigé en figure tutélaire du cinéma moderne. Son film réalisé à 24 ans (et pourtant déjà son 8ème) Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, considéré comme le meilleur film de tous les temps par le British Film Institute, est devenu si monumental dans son œuvre qu’on en oublie parfois qu’elle a fait autre chose, et notamment des comédies. Oui, oui, des comédies !
J’en veux pour preuve Demain, on déménage, un film léger, avec des blagues, des chansons, des situations absurdes, un montage vif et enlevé, des personnages joyeux et remuants. Réalisé en 2004 avec Sylvie Testud, Aurore Clément et Jean-Pierre Marielle dans les rôles principaux, il raconte l’histoire de deux femmes à la recherche de leur vie propre : un nouveau lieu à habiter, avec de nouvelles personnes avec qui co-habiter, des choses nouvelles à écrire et à expérimenter, le tout dans la joie, l’entraide et le plaisir. Les dialogues sont parfois raides et les interprétations loufoques, mais Demain, on déménage est anti-naturel et assume pleinement : il incarne la vie rêvée d’Akerman, et la scène finale, où l’héroïne chantonne un air féministe un bébé — qui n’est pas le sien — endormi dans les bras, au cœur d’un appartement rafraîchi, avec pour colocataire une famille choisie, aussi insensée que haute en couleurs, la clope au bec et s’apprêtant à écrire est une magnifique image de la vie idéalisée de la réalisatrice, comme si, par le cinéma, elle se guérissait des troubles de son existence. Un film comme un remède, un film comme un bonbon, à découvrir pour mieux apprendre à connaître Chantal Akerman et se rendre compte que la comédie se conjugue aussi au féminin.
Sylvie Testud et Aurore Clément dans Demain, on déménage de Chantal Akerman.
La fiche d’identité du film : Demain, on déménage de Chantal Akerman, France & Belgique, 2004, 1h50.